Mélanger en pratique
Vous savez quelle couleur vous voulez, et à peu près comment l’obtenir. Reste à la mélanger sans gâcher la moitié du tube. Quelques gestes simples changent tout.
Partir du clair, ajouter le plus fort petit à petit
Commencez toujours par la couleur la plus claire, ou la plus faible, et ajoutez la plus forte petit à petit. Un pois de bleu phtalo teinte un gros tas de blanc . Si vous faites l’inverse, du blanc dans un pois de bleu, il vous faudra des dizaines de pois de blanc pour obtenir le même bleu clair : un tas énorme, bien plus que ce qu’il vous faut.
Un pois à la fois
Un tas de 20 pois de blanc. Ajoutez le bleu phtalo pois par pois.
20 pois de blanc + 0 pois de bleu phtalo : blanc (valeur 10).
Regardez le premier pois : il fait presque tout le travail. Chaque pois suivant change un peu moins la couleur. Voilà pourquoi un tube fort se prend à la pointe du couteau, jamais à la cuillère.
Pourquoi l’ordre de mélange compte
On ne peut pas retirer de peinture d’un mélange. Si vous dépassez la couleur, il faut rajouter de tout le reste pour revenir en arrière, et le tas grossit. En partant du clair, vous approchez la couleur à petits pas, et vous vous arrêtez au bon moment.
Dans quel ordre ?
Le même bleu clair, de deux façons.
Le blanc d’abord
Un seul pois de bleu teinte tout le tas. Trop foncé ? Un peu de blanc, et c’est réglé.
Le bleu d’abord
Le blanc pèse peu face au bleu phtalo : il en faut 20 pois pour arriver au même bleu clair, et le tas devient énorme.
C’est le rôle de l’ordre de mélange que la Palette de Tubomix affiche sous chaque mélange (« Dans quel ordre mélanger ? ») : il vous dit par quel tube commencer et vous donne des points de contrôle (« Votre mélange doit ressembler à ceci »). Vous approchez ainsi la couleur du côté sûr, sans la dépasser.
Avant d’ajouter le dernier tube, le plus fort, mettez de côté environ un quart du tas, sans y toucher. Si vous dépassez la couleur, il servira à la rattraper sans tout refaire. L’ordre de mélange de la Palette vous le demande aussi, au bon moment.
Mesurer : le pois, la part et la pointe
Dans une recette, une « part » est une quantité que vous choisissez : un pois, une noisette, une cuillère. L’important, c’est que toutes les parts aient la même taille. Une « pointe », c’est beaucoup moins : ce que retient le bout du couteau, environ un quart de part dans les recettes de Tubomix. Pour les petites quantités, travaillez sur un coin propre de la palette.
Parfois, un tube très fort ne doit compter que pour une toute petite part du mélange : même une pointe serait trop. Tubomix propose alors de le diluer d’abord dans du blanc, puis de doser ce mélange de base comme un tube. La recette se fait en deux temps. Première étape : « Préparez d’abord le mélange de base : 1 part de noir + 9 parts de blanc. Les étapes suivantes utilisent ce mélange de base. » Puis, par exemple : « 1 part du mélange de base + 12 parts de blanc ». C’est le geste des peintres pour doser une toute petite quantité de noir ou de bleu phtalo.
Bien mélanger au couteau
Essuyez le couteau entre deux tubes : une trace de bleu phtalo suffit à salir un tas de blanc. Et mélangez jusqu’à ne plus voir aucune strie : une pâte striée ment sur sa couleur, et elle changera encore sous le pinceau.
Faire un essai
Avant de peindre, posez une petite touche du mélange à côté de votre modèle, ou sur un bout de papier. Comparez-les côte à côte, de près puis de loin. Une couleur se juge mal sur la palette : entourée de blanc, elle paraît plus foncée qu’elle ne l’est ; entourée d’autres couleurs, elle change encore. Pour la juger seule, regardez-la par un trou de 5 mm percé dans une carte grise : ses voisines disparaissent.
La couleur change en séchant
La peinture change un peu en séchant. L’acrylique fonce souvent légèrement : son liant, blanc laiteux quand il est frais, devient transparent (certaines gammes récentes changent très peu). L’huile change peu, mais une couche peut « faire un embu » en séchant : elle devient mate et paraît plus terne, jusqu’à ce qu’on la vernisse. L’aquarelle, elle, éclaircit nettement en séchant. La gouache éclaircit ses tons foncés et fonce ses tons clairs : tout tire vers le milieu.
Mouillé, puis sec
Le même mélange, frais sur la palette, puis sec sur la toile.
Illustration : l’acrylique fonce un peu en séchant, car son liant, laiteux quand il est frais, devient transparent. L’écart dépend de la marque.
Prenez l’habitude de laisser sécher votre essai avant de juger, surtout en acrylique et en aquarelle. Si votre couleur sèche trop foncée, éclaircissez un peu le mélange suivant. Tubomix peut montrer une estimation du mélange sec ou verni (« Sec / Verni »). Ce n’est qu’une estimation : le décalage dépend de la marque et de l’épaisseur. Votre essai sec reste le seul juge.
À retenir
- Partez du tube le plus clair ou le plus faible, et ajoutez le tube fort pois par pois.
- On ne retire pas de peinture d’un mélange : approchez la couleur à petits pas, sans la dépasser, et gardez un quart du tas de côté avant le tube le plus fort.
- Essuyez le couteau entre deux tubes, et mélangez jusqu’à ne plus voir de stries.
- Dans une recette, toutes les parts ont la même taille ; une pointe vaut environ un quart de part.
- Faites un essai, laissez-le sécher, puis comparez-le au modèle de près et de loin.
Pour aller plus loin
- Basic mixing method (en anglais) : la méthode de mélange pas à pas de Bruce MacEvoy.
- Acrylic colour shift (en anglais) : pourquoi l’acrylique fonce en séchant, expliqué par un fabricant.
- Oiling out a painting (en anglais) : les embus d’une peinture à l’huile, ces zones mates et ternes, et comment les raviver.
- Loi du contraste simultané des couleurs : pourquoi une couleur change d’aspect selon ses voisines, sur Wikipédia.
À vous
Obtenez ce bleu clair en partant du blanc.
Le clair d’abord, le fort par petites touches : c’est le geste de la leçon.
Faire l’exercice