Valeur, teinte, saturation : la valeur compte le plus
Une couleur se décrit avec trois mots. Si vous n’en retenez qu’un, retenez le premier : la valeur.
Trois mots pour décrire une couleur
- La valeur : est-elle claire ou foncée ? Tubomix la note de 1 (noir) à 10 (blanc) et affiche ce chiffre à côté de chaque mélange.
- La teinte : quel genre de couleur ? Rouge, orange, jaune, vert, bleu, violet, et tout ce qu’il y a entre.
- La saturation : est-elle vive ou terne ? On dit aussi l’intensité. Le rouge de cadmium est vif ; la terre de Sienne brûlée est un rouge-orangé terne.
Ce sont trois réglages distincts. En peinture, un ajout en change souvent plusieurs à la fois. Retenez tout de même l’outil principal de chacun : le blanc pour la valeur, une couleur voisine pour la teinte (un peu de rouge pousse un jaune vers l’orange), un gris pour la saturation.
Chaque teinte a aussi sa valeur naturelle : celle où elle est la plus vive. Le jaune le plus vif est clair (valeur 8 ou 9) ; le violet le plus vif est sombre. On ne peut pas faire un jaune de valeur 3 qui reste jaune : en le fonçant, on obtient un vert olive ou un brun. C’est l’une des raisons pour lesquelles Tubomix dit parfois que vos tubes ne peuvent pas donner exactement une couleur.
La teinte, le nom de la couleur
La teinte, c’est ce qu’on nomme en premier : jaune, orange, rouge, violet, bleu, vert. Elle ne dit pas si la couleur est claire ou foncée, ni si elle est vive ou terne.
Un bleu ciel et un bleu marine ont la même teinte : c’est surtout la valeur qui change. Un rouge clair et un bordeaux aussi. Entre une tomate et une brique, deux rouges eux aussi, c’est surtout la saturation qui change.
Les teintes se rangent sur un cercle
Les peintres rangent les teintes sur un cercle, le cercle chromatique. On y retrouve l’ordre de l’arc-en-ciel (rouge, orange, jaune, vert, bleu, violet), puis le violet rejoint le rouge pour fermer le cercle. Entre les deux se placent les pourpres et les roses violacés, comme le magenta : ils n’existent pas dans l’arc-en-ciel, mais ils ferment le cercle.
- Les trois primaires des peintres, le jaune, le rouge et le bleu, sont à égale distance. Selon la tradition, on en tire toutes les autres couleurs.
- Entre deux primaires se trouve une secondaire : l’orange (jaune et rouge), le violet (rouge et bleu), le vert (bleu et jaune).
- Du jaune au rouge en passant par l’orange, les teintes sont dites chaudes ; du vert au violet en passant par le bleu, froides. Le jaune et le violet, à la limite, penchent d’un côté ou de l’autre selon le tube.
En pratique, aucun trio de tubes ne donne toutes les couleurs : la leçon 3 explique pourquoi.
Le cercle des peintres, en tubes
Les teintes en cercle, de vraies couleurs de tubes. Au bord, la couleur vive ; vers le centre, la même, de plus en plus terne, jusqu’au gris.
- Jaune de cadmium
- Jaune de cadmium + orange de cadmium
- Orange de cadmium
- Orange de cadmium + rouge de cadmium
- Rouge de cadmium
- Magenta de quinacridone + blanc
- Violet de dioxazine + blanc
- Violet de dioxazine + outremer + blanc
- Outremer + blanc
- Bleu phtalo + blanc
- Vert phtalo + blanc
- Jaune de cadmium + vert phtalo
En gras, les trois primaires. Les pointillés relient les complémentaires. Les tubes foncés sont montrés mélangés à autant de blanc (1 part pour 1), pour que leur teinte se voie.
Les couleurs complémentaires se font face sur le cercle
Deux teintes face à face sur le cercle des peintres sont dites complémentaires : le jaune et le violet, l’orange et le bleu, le rouge et le vert.
- Mélangées, elles se ternissent l’une l’autre, jusqu’à un gris ou un brun. C’est un bon outil pour calmer une couleur trop vive (voir « Comment ternir une couleur sans la noircir », plus bas).
- Posées côte à côte, elles se rendent plus vives l’une l’autre : un orange paraît plus vif à côté d’un bleu.
Teinte, valeur, saturation : la place de chaque couleur
Toute couleur se range avec trois indications : sa place sur le cercle (la teinte), son degré de clair ou de foncé (la valeur) et sa vivacité (la saturation). Sur le cercle ci-dessus, les couleurs vives sont au bord ; vers le centre, elles deviennent ternes, jusqu’au gris du milieu. Imaginez ce cercle empilé en plusieurs étages, du foncé en bas au clair en haut : chaque couleur a alors sa direction (la teinte), son étage (la valeur) et sa distance au centre (la saturation). C’est le classement du peintre américain Albert Munsell, vers 1905 (lien en bas de page) ; Munsell appelle chroma cette distance au centre.
La saturation : une couleur vive ou terne
La saturation dit si une couleur est vive ou terne. Deux couleurs peuvent avoir la même teinte et la même valeur, et pourtant ne pas se ressembler : l’une éclate, l’autre est éteinte.
- Une tomate est un rouge vif ; une brique, un rouge terne.
- Un citron est un jaune vif ; la moutarde ou l’ocre, un jaune terne.
- Un bleu ciel est vif ; un bleu-gris de brume, aussi clair, est terne.
En tubes, le rouge de cadmium est vif ; la terre de Sienne brûlée est un rouge-orangé terne.
Du vif au terne, à valeur égale
On ajoute à chaque couleur de plus en plus d’un gris aussi clair qu’elle. Le chiffre de la valeur ne bouge pas : seule la saturation baisse.
Rouge de cadmium : de la tomate à la brique
Bleu ciel (outremer + blanc) : vers le bleu-gris de brume
Touchez une case pour lire sa recette.
Dans la nature, la plupart des couleurs sont plutôt ternes. Une couleur trop vive dans un paysage saute aux yeux, comme une valeur fausse.
Comment ternir une couleur sans la noircir
Pour rendre une couleur plus terne sans trop la foncer, il y a trois bons outils, et un piège :
- un gris de même valeur, fait de blanc et d’une pointe de noir : la valeur ne bouge pas ;
- une pointe de sa complémentaire, la couleur d’en face sur le cercle : du vert dans un rouge, de l’orange dans un bleu ;
- une terre (ocre, terre de Sienne, terre d’ombre) : ces pigments tirés de la terre sont des couleurs déjà ternes.
Le piège, c’est le noir seul : il ternit, mais il fonce beaucoup, et il peut décaler la teinte (voir « Le noir change aussi la teinte », plus bas). Dans l’exemple ci-dessous, avec la complémentaire ou une terre, le rouge perd un cran de valeur : 4 devient 3. Avec le noir, il en perd deux.
Trois façons de ternir un rouge, et le noir
Le même rouge de cadmium, terni de quatre façons. Comparez les couleurs, et le chiffre de la valeur.
Un gris
Un gris de même valeur (blanc et une pointe de noir). La valeur reste 4 : seule la saturation baisse. Le rouge devient brique, puis brun.
La complémentaire
Un vert (vert oxyde de chrome), la couleur d’en face sur le cercle. Il éteint le rouge très vite, et le fonce un peu : valeur 3.
Une terre
La terre d’ombre naturelle, un brun déjà terne. Le rouge se calme et reste chaud ; il fonce un peu : valeur 3.
Du noir
Le noir ternit, mais surtout il fonce : la valeur passe de 4 à 2. Le rouge devient un brun très sombre, presque noir.
La valeur : l’échelle du foncé au clair
Une échelle de valeurs
La terre de Sienne brûlée, de plus en plus coupée de blanc. Chaque case porte sa valeur, de 1 (noir) à 10 (blanc).
Touchez une case pour lire sa valeur et sa recette.
Chaque case de l’échelle garde à peu près la même teinte, mais monte d’un cran de valeur. Peignez une échelle comme celle-ci avec chacun de vos tubes : c’est le meilleur exercice qui soit. En dix minutes, vous saurez combien de blanc il faut pour monter d’un cran.
Pourquoi la valeur compte le plus
Notre œil voit les détails, les formes et le relief surtout grâce au clair et au foncé ; il est bien moins précis pour les couleurs. Une photo en noir et blanc se lit parfaitement ; une image aux bonnes couleurs mais aux valeurs fausses serait difficile à lire.
Dans un tableau, une couleur à la bonne valeur mais un peu fausse en teinte passe souvent inaperçue. Une couleur à la bonne teinte mais trop claire ou trop foncée se voit tout de suite : elle fait un trou, ou une tache.
Quelle erreur se voit le plus ?
Deux essais pour la même couleur : l’un a la bonne valeur, l’autre la bonne teinte. Puis regardez-les en gris.
Bonne valeur, mauvaise teinte
Même valeur (5), teinte un peu décalée : dans un tableau, elle reste à sa place, et l’on croit à la lumière.
Bonne teinte, mauvaise valeur
Même teinte, mais valeur 7 au lieu de 5. Dans un tableau, elle saute aux yeux comme une tache.
Vu en gris
En gris, comme en plissant les yeux : l’essai A se confond avec la couleur voulue, l’essai B se voit tout de suite.
Plisser les yeux pour voir les valeurs
Plissez les yeux devant votre modèle, puis devant votre toile : les couleurs s’effacent, les valeurs restent. Si une zone « saute », c’est sa valeur qui est fausse. Dans la Palette de Tubomix, le bouton « Valeurs » montre vos mélanges en gris pour la même raison.
Le noir change aussi la teinte
On croit souvent que le noir fonce une couleur sans rien changer d’autre. C’est faux : il la ternit, et parfois il la décale. L’exemple le plus connu : l’ocre jaune et le noir donnent un vert olive .
Ocre jaune + noir
Le noir ne fait pas que foncer. Avec l’ocre jaune, il donne des verts olive, très utiles en paysage.
Ocre jaune + une pointe de noir de carbone : olive (valeur 5).
Pour vous exercer, essayez la palette dite « de Zorn » : blanc, ocre jaune, rouge de cadmium et noir d’ivoire . Le peintre suédois Anders Zorn a peint bien des portraits avec ces seules couleurs, mais pas tous. Son rouge était le vermillon ; le rouge de cadmium le remplace aujourd’hui.
À retenir
- Une couleur se décrit par trois mots : la valeur, la teinte et la saturation.
- La teinte est la place de la couleur sur le cercle chromatique. Les complémentaires se font face : jaune et violet, orange et bleu, rouge et vert.
- La saturation dit si une couleur est vive ou terne, à teinte et valeur égales.
- Pour ternir une couleur : un gris de même valeur, une pointe de sa complémentaire, ou une terre. Pas le noir seul.
- Réglez d’abord la valeur, puis la teinte, puis la saturation.
- Une teinte un peu fausse passe souvent inaperçue ; une valeur fausse se voit tout de suite.
- Plissez les yeux : les couleurs s’effacent, les valeurs restent.
- Le noir ne fait pas que foncer : il ternit, et il peut changer la teinte.
- Chaque teinte a sa valeur naturelle : le jaune le plus vif est clair, le violet le plus vif est sombre.
Pour aller plus loin
- Tonal value (en anglais) : Bruce MacEvoy sur la valeur, la façon de la juger et de la peindre.
- Système de Munsell : le classement des couleurs par teinte, valeur et chroma, avec une échelle des valeurs de 0 (noir) à 10 (blanc), sur Wikipédia.
- Cercle chromatique et couleur complémentaire, sur Wikipédia.
- Zorn Palette (en anglais) : James Gurney sur la palette de Zorn, ce qu’elle permet, et pourquoi Zorn ne s’y limitait pas toujours.
- Les nombres d’une couleur : comment Tubomix calcule la valeur de 1 à 10.
À vous
Obtenez ce brun chaud avec la palette de Zorn.
Quatre tubes seulement : blanc, ocre jaune, rouge de cadmium et noir d’ivoire.
Faire l’exercice